Zero Day : une mini-série cyber pertinente, mais perfectible

Dernière mise à jour le 1 mars 2025 à 08:39

Temps de lecture ( Niveau Geek :') ) : 4 minutes

Quand des potes ultra-branchés cyber m’ont hypé Zero Day sur Netflix, avec Robert De Niro, Jesse Plemons et Angela Bassett, j’ai pas hésité : une attaque « zero-day » qui met le monde à plat, un casting de dingue, ça sentait le must-see. Après visionnage, je confirme : c’est bien torché, les acteurs déchirent, mais le scénario et la tech laissent des zones d’ombre. Entre réalisme flippant et approximations, débrief d’une série qui divise.

Réalisation et casting : du lourd

Dès le générique, Zero Day met la barre haut. La mise en scène est nerveuse, l’ambiance oppressante, et les scènes de chaos post-attaque te foutent les jetons tellement ça semble réel. Robert De Niro en ex-président qui sort de sa retraite, Angela Bassett en présidente au bord du gouffre, et Jesse Plemons en hacker flippant : le casting porte tout. Vu le positionnement politique bien marqué de De Niro – fervent anti-Trump et porte-voix progressiste –, on aurait pu craindre une maxi dose de wokisme latent. Surprise : il campe ici un président droit et probe, presque old-school. Ses jugements, parfois durs au premier abord, pourraient passer pour des décisions à l’emporte-pièce, mais ils se révèlent nuancés par une logique froide et implacable. Si t’aimes les thrillers techno-politiques sans prêchi-prâcha, ça fait le taf. Mais passé l’effet « wow », le scénar patine.

Scénario : du réel, mais bancal

Au cœur de Zero Day, on trouve l’idée d’une attaque “zero-day” d’ampleur mondiale : exploiter simultanément plusieurs failles inconnues (iOS, Android, Windows, SCADA, etc.) pour paralyser métros, banques et compagnies aériennes. C’est angoissant, d’autant que techniquement, c’est plausible. De nombreux faits réels le démontrent :

  • Panne électrique géante aux États-Unis : d’abord présentée comme un incident purement technique, elle s’est finalement révélée liée à une cyberattaque.
  • Panne électrique en Ukraine (2015) : une opération attribuée à la Russie a coupé le courant à 225 000 personnes, prouvant la vulnérabilité des réseaux.
  • Rapport de 2021 sur les infrastructures US : il pointait déjà les risques de failles non résolues dans des secteurs critiques.
  • Stuxnet (2010) : un ver américain-israélien, capable de saboter des centrifugeuses iraniennes via quatre zero-days.
  • Pagers israéliens (2024) : des soupçons d’attaques au Liban visant de vieux dispositifs, prouvant que les systèmes obsolètes restent un point d’entrée.
  • Ransomwares notoires : Colonial Pipeline (2021) a perturbé l’approvisionnement en carburant aux États-Unis ; WannaCry (2017) a bloqué de nombreuses entreprises et hôpitaux.

La France n’est pas en reste :

  • TV5Monde (2015) : l’attaque revendiquée par des hackers se réclamant de Daech a paralysé les émissions et le site de la chaîne.
  • Campagne présidentielle (2017) : le MacronLeaks a vu des milliers d’emails internes fuiter en pleine élection.
  • Ransomwares dans les hôpitaux et mairies : le Centre hospitalier de Dax (2021) ou la mairie de Marseille (2020) ont subi des attaques paralysant leurs systèmes.
  • Grandes entreprises : Saint-Gobain, par exemple, a été impactée par le ransomware NotPetya (2017), occasionnant des dizaines de millions d’euros de pertes.

Zero Day s’appuie donc sur un socle crédible : l’idée qu’une conjonction de zero-days peut faire vaciller la planète. La série illustre aussi la volatilité de l’ère 2025 via un influenceur populiste, qui exploite les origines d’un agent pour créer la discorde — rappel que, dans un monde ultra-connecté, la menace vise aussi l’opinion publique.

Et pendant qu’on imagine des failles logicielles pour tout casser, les Russes, comme d’habitude, ont peut-être trouvé plus rustique : piéger les câbles sous-marins. Plus besoin de zero-day quand on peut faire péter Internet à la source…

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Aspect technique : « Zero Day » ou « CVE » ?

Côté technique, Zero Day mise sur un titre accrocheur : une vulnérabilité zero-day, c’est la faille ultime que personne n’a encore repérée, un cauchemar pour la cybersécurité. Hélas, la série n’exploite guère plus qu’un simple effet d’annonce. On aurait pu la rebaptiser “CVE” — Common Vulnerabilities and Exposures — tant elle survole son sujet : les attaques, certes spectaculaires, restent floues et laissent le spectateur sur sa faim. On voit juste des écrans qui clignotent et des systèmes qui plantent, sans la moindre explication sur l’enchaînement des failles ou la manière dont les SCADA sont ciblés. Pour une fiction qui promet de plonger dans la cyber-guerre, c’est un peu léger.

En revanche, la série marque des points en faisant appel à la radio HF (haute fréquence), un clin d’œil à l’époque du phreaking — ce hacking « old-school » qui exploitait les fréquences téléphoniques. Dans Zero Day, la HF sert à transmettre des ordres aux agents : astucieux, car seul l’émetteur peut être triangulé, tandis que les récepteurs, passifs, restent introuvables. Même en 2025, la CIA ou le MI6 continuent d’exploiter cette technologie low-tech mais increvable. Une trouvaille intéressante, malheureusement sous-exploitée au fil des épisodes.

Alors, on mate ou pas ?

Au final, Zero Day a de quoi séduire les fans de cyber-thrillers : un casting cinq étoiles, une réalisation léchée et un concept qui colle à notre dépendance technologique. L’idée de base est crédible, et la série rappelle que les grandes frappes informatiques ne relèvent plus de la SF.

Pourtant, entre un scénario un brin poussif et un volet « tech » peu développé, on reste légèrement sur notre faim. Les puristes qui espèrent un côté « Mr. Robot » feront peut-être la grimace, mais les amateurs de divertissement angoissant y trouveront leur compte. Personnellement, j’ai passé un bon moment, même si j’espérais un peu plus de nuances et de profondeur.

Là où Zero Day surprend positivement, c’est dans sa volonté de ne pas diviser. On pouvait s’attendre à des discours raciaux ou identitaires, surtout avec De Niro en figure de proue, mais la série choisit de miser sur l’unité face à la menace. C’est loin d’être moralisateur, et ça rappelle que, lors de l’élection américaine de 2024, bon nombre de minorités ont dit stop aux discours qui les enferment. Juste l’envie d’être considérés comme des citoyens à part entière. Un rappel salutaire, que l’Europe ferait bien de méditer.

En bref, Zero Day, c’est un vent frais dans la catégorie des thrillers techno-politiques, même s’il lui manque un poil de nerf pour prétendre au top 10 des séries cyber. À voir pour la forme, plus que pour le fond.