Tech US vs Europe : et si le vrai problème était dans nos têtes ?

Dernière mise à jour le 5 mars 2025 à 07:29

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Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, le paysage technologique mondial est en ébullition. Pas une journée sans qu’une annonce – d’entreprises, d’États ou d’organisations – ne vienne redessiner les rapports de force.

En ce 26 février 2025, les pièces du puzzle commencent à s’assembler : Apple promet 500 milliards d’investissements aux US, Nvidia dévoile ses résultats dopés par l’IA, Spotify mise sur des audiobooks synthétiques avec ElevenLabs, l’administration Trump agite des menaces de tarifs douaniers contre l’UE, la Chine ou le Canada, tandis que des acteurs européens comme OVHcloud ou Mistral AI tentent de répondre à leur échelle.

Ces signaux, consolidés, permettent d’anticiper des causalités probables : une Europe sous pression, des coûts qui grimpent, une dépendance qui s’accentue. Mais au-delà des chiffres, c’est peut-être une mentalité résignée qui nous plombe. Analyse d’un combat où l’on semble avoir déjà baissé les bras.

La machine US tourne, l’Europe regarde

Les États-Unis ne se contentent pas d’inventer la tech, ils l’imposent.

Trump brandit des droits de douane pour défendre ses GAFAM ? Amazon ou Microsoft peuvent couper l’herbe sous le pied de n’importe quel concurrent européen en baissant leurs prix.

Mistral AI, notre espoir français face à OpenAI, se débat avec des régulations paralysantes et des poches moins profondes que celles des VC américains.

On rêve d’un cloud souverain, mais nos données ronflent encore sur des serveurs US. C’est un cercle vicieux, et pourtant, on se dit souvent : « C’est comme ça. »

Les mirages d’après-COVID : on a cru, puis oublié

Après le COVID, on nous a vendu la réindustrialisation, la croissance verte, les voitures électriques made in EU.

Sauf que les brevets filent à l’étranger, les batteries viennent de Chine, et nos pépites tech se bradent – dernier exemple en date, Sanofi qui cède des parts d’Opella à un fonds US.

Et Bruno Le Maire dans tout ça ?

Lui qui clamait vouloir faire plier l’économie russe, c’est un peu la ligne Maginot version 2022 : « On les attendra au coin du bois ! » Sauf que les Russes – comme les Allemands en 40 – sont passés ailleurs, et c’est nous qui toussons avec des usines à l’arrêt et des factures qui flambent.

On annonce, on espère, puis on regarde ailleurs.

L’info biaisée : un miroir déformant

En France, les médias en rajoutent une couche.

Selon leur camp – progressiste, conservateur, mainstream – l’info est triturée pour flatter leur public. Reuters ou Politico dissèquent nos failles sans filtre ; chez nous, on préfère les débats stériles aux diagnostics clairs.

Ce brouillard prosélytique noie la réalité : oui, on est dépendants, oui, on perd du terrain.

Mais l’admettre, ce serait vouloir changer. Et ça, ça semble trop demander.

Une fatalité mentale… ou un manque d’inspiration ?

Les défis sont là : la tech US a les moyens, l’audace, la liberté d’innover sans chaînes. Elle peut casser les prix pour étouffer nos modèles économiques, laissant nos start-ups sous-financées sur le carreau.

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Mais au-delà de ça, c’est notre psyché collective qui coince.

On déplore, on râle, on accepte. « C’est la vie », dit-on, comme si perdre était gravé dans le marbre.

Pourtant, il suffirait peut-être de lever les yeux.

Regardez Stanford, MIT, ou Berkeley : là-bas, on forme des gens qui ne se contentent pas de suivre, mais qui créent, disruptent, dominent.

En Europe, nos grandes écoles produisent des élites brillantes… mais souvent formatées pour gérer l’existant, pas pour le réinventer. Et si, au lieu de subir, on s’inspirait de cette mentalité qui voit grand ?

À notre échelle : arbitrages malins et résilience

Parler, digresser, pointer du doigt, c’est bien.

Mais à quoi bon si on n’agit pas, même à notre niveau ? Face à la dépendance technologique, chacun – particuliers, PME, décideurs – peut faire des choix éclairés.

Pour les infrastructures, arrêtons de signer les yeux fermés avec AWS ou Azure par réflexe. Des alternatives comme OVHcloud ou Scaleway existent en Europe : moins dominantes, mais viables, et elles gardent vos données plus près de chez vous.

Pensez résilience : si un conflit commercial coupe l’accès à un service US ou fait exploser les coûts, avez-vous un plan B ?

Testez des solutions open-source comme Nextcloud pour vos fichiers ou Mastodon pour vos réseaux – c’est moins sexy, mais ça réduit la dépendance.

Côté arbitrage, pesez le court terme contre le long terme.

Oui, Google Workspace est pratique, mais migrer vers un outil local comme Zimbra peut être un pari gagnant si les prix US grimpent.

Et pour les plus nerdz, pourquoi ne pas monter un petit serveur maison avec du matos reconditionné ?

Ça coûte peu, ça apprend, et ça vous rend maître de vos données.

À plus grande échelle, les entreprises doivent exiger des audits sur leurs fournisseurs : où sont les serveurs ? Qui contrôle les clés ? Une panne à Seattle ne doit pas paralyser une usine à Lyon.

L’idée, c’est de ne plus subir par défaut.

On ne renversera pas la tech US demain, mais on peut poser des briques pour moins plier.

Ça demande du temps, de la curiosité, un peu de courage. Mais si on reste dans « c’est comme ça », même ces petits leviers resteront hors de portée.